Au sommaire
  1. Un génosociogramme, c’est quoi exactement
  2. Les symboles de base pour le dessiner
  3. Les huit informations à noter pour chaque personne
  4. La méthode en sept étapes
  5. Les cinq signaux à chercher une fois qu’il est dessiné
  6. Ce qui se passe pendant que tu le fais

Un génosociogramme est un arbre généalogique augmenté : tu y notes non seulement qui est né de qui, mais aussi les dates, les métiers, les ruptures, les morts, les silences et la qualité des liens entre les personnes. On le dessine à la main, de mémoire d’abord, sur trois à cinq générations. Son but n’est pas d’être exact. Son but est de faire apparaître ce que personne dans ta famille n’a jamais dit à voix haute : les répétitions.

Tu as sans doute déjà remarqué des choses. Les femmes de ta famille qui se retrouvent toutes seules autour du même âge. Les hommes qui partent. L’argent qui n’arrive jamais à rester. Une tristesse qui traverse les générations sans qu’on sache d’où elle vient. Tant que ça reste dans ta tête, ça ressemble à une impression. Posé sur une feuille, avec les dates alignées les unes sous les autres, ça devient quelque chose que tu ne peux plus ignorer.

C’est exactement pour ça que l’outil existe. Et c’est pour ça qu’il fait un drôle d’effet la première fois.

Un génosociogramme, c’est quoi exactement

Le mot vient de la psychologue française Anne Ancelin Schützenberger, qui a construit cet outil dans les années 1970 en croisant la généalogie, la thérapie familiale et le sociogramme, un schéma qui sert à représenter les liens entre les membres d’un groupe. D’où le nom : géno pour la filiation, socio pour les relations, gramme pour le dessin.

Anne Ancelin Schützenberger défendait une idée simple et dérangeante : nous sommes moins libres que nous le croyons de nos choix de vie, mais nous pouvons le redevenir en comprenant ce qui, dans l’histoire familiale, décidait à notre place. Anne Ancelin Schützenberger, Aïe, mes aïeux !

La différence avec ce qu’on fait habituellement tient en une phrase. La généalogie classique cherche l’exactitude, le génosociogramme cherche le sens. Un généalogiste veut la bonne date sur le bon acte d’état civil. Toi, tu veux savoir pourquoi ta grand-mère n’a jamais reparlé de sa sœur, pourquoi ton père a changé de métier l’année de ses quarante-deux ans, et pourquoi ta mère répétait qu’on ne demande rien à personne.

Génogramme, généalogie, génosociogramme : ne pas confondre

L’arbre généalogique classique note les naissances, les mariages et les décès. Le génogramme, utilisé en thérapie familiale et par certains médecins, y ajoute les maladies et la structure des ménages sur deux ou trois générations. Le génosociogramme va plus loin : il inclut les liens affectifs, les ruptures, les secrets, les non-dits, les personnes exclues de la famille, et surtout ce que toi tu ressens en le dessinant. C’est le seul des trois où ta subjectivité fait partie de l’information.

Autrement dit, il ne se fait pas sur un site de généalogie. Il se fait sur une grande feuille, avec des crayons, en acceptant de ne pas tout savoir.

Les symboles de base pour le dessiner

Il n’existe pas une norme unique, chaque école a ses variantes, mais le socle est stable et tu peux t’en tenir à ça. L’essentiel est d’être cohérente avec toi-même du début à la fin, et de noter ta légende dans un coin de la feuille.

Tu remarqueras vite que les zones les plus intéressantes de ta feuille ne sont pas les cases bien remplies. Ce sont les endroits où ton crayon hésite.

Les huit informations à noter pour chaque personne

Pour chaque personne que tu places, essaie de noter ces huit éléments. Quand tu ne sais pas, écris « je ne sais pas ». C’est une donnée, pas un trou.

  1. Prénom et nom. Les prénoms qui reviennent d’une génération à l’autre méritent un signe particulier, ils portent souvent une consigne. C’est tout le sujet du décodage du prénom en psychogénéalogie.
  2. Date de naissance. Le jour et le mois, pas seulement l’année.
  3. Date de décès et âge au décès. C’est ici que se lisent les syndromes anniversaire.
  4. Métier ou situation. Y compris les métiers rêvés et jamais faits, et ceux qu’on a arrêtés brutalement.
  5. Lieux. Où la personne est née, où elle a vécu, si elle a quitté son pays ou sa région, et pourquoi.
  6. Événements marquants. Mariages, divorces, deuils, guerres, exils, faillites, maladies, accidents, procès, placements, adoptions.
  7. La phrase. Ce que cette personne disait tout le temps. Une famille se transmet moins par les faits que par ses formules. Note-la entre guillemets.
  8. Ce que la famille en dit. « C’était la folle », « il ne s’en est jamais remis », « on n’en parle pas ». Ces étiquettes valent de l’or : elles indiquent exactement où la famille a rangé sa douleur.

Une remarque sur la mémoire. Tu vas te tromper sur des dates, mélanger deux histoires, oublier une tante. Ce n’est pas grave. Ce que ta mémoire déforme, décale ou efface fait partie du matériel. Une date fausse est parfois plus intéressante que la bonne, parce qu’elle te dit à quel autre événement ton inconscient l’a rattachée.

La méthode en sept étapes

Compte plusieurs semaines, pas une soirée. Un génosociogramme se construit par couches, et les informations arrivent souvent après une conversation, un rêve ou une photo retrouvée.

  1. Prends une grande feuille et pars de toi. Format A3 minimum, crayons de couleur, gomme. Place-toi en bas au centre, avec tes frères et sœurs. Tu montes ensuite vers les générations précédentes, pas l’inverse.
  2. Dessine de mémoire, sans rien vérifier. Première passe entièrement à l’aveugle : ce dont tu te souviens, dans l’ordre où ça vient. Ne touche à aucun document, ne cherche rien sur internet. Cette première version est celle qui parle le plus, parce que c’est ta famille telle que tu la portes.
  3. Remonte à tes arrière-grands-parents. Trois générations au-dessus de toi suffisent pour commencer, quatre ou cinq si tu as la matière. Au-delà, on entre dans la généalogie et on sort du travail thérapeutique.
  4. Ajoute les invisibles. Les enfants morts en bas âge, les grossesses interrompues, les demi-frères d’un premier mariage, la personne qu’on a cessé d’inviter, celle dont on a coupé le visage sur les photos. Ce sont les places vides qui structurent une famille, pas les places occupées.
  5. Trace les liens, pas seulement la filiation. Repasse sur ton schéma avec une couleur réservée aux relations : qui était fusionnel avec qui, qui ne se parlait plus, qui a élevé qui, qui portait qui. Cette couche transforme un arbre en carte.
  6. Va chercher les manques. Maintenant seulement, tu peux poser des questions. Choisis la personne la plus bavarde de ta famille, pas la plus proche. Demande des anecdotes, pas des dates : « c’était comment quand elle était jeune », « pourquoi ils sont partis de là-bas ». On raconte facilement une histoire, on refuse un interrogatoire.
  7. Aligne les dates et cherche les échos. Étape finale, celle où tout bascule. Écris toutes les dates importantes en colonne, avec l’âge de chacun au moment des faits. C’est là que tu vois que ta mère a eu son premier enfant à l’âge exact où sa propre mère a perdu le sien.

Si tu bloques dès l’étape deux parce que tu ne sais presque rien, ce n’est pas un échec : c’est déjà un résultat. Une famille où l’on ne sait rien est une famille qui protège quelque chose. Le vide est le premier symptôme d’un secret de famille.

Les cinq signaux à chercher une fois qu’il est dessiné

Un génosociogramme ne se lit pas comme un texte, il se lit comme une radio : on cherche des formes qui reviennent. Voici les cinq à repérer en priorité.

1. Les répétitions de dates et d’âges

Le même mois de décès sur trois générations. Trois divorces à quarante ans. Une maladie qui frappe systématiquement à l’âge où le parent est mort. Une naissance qui tombe à la date anniversaire d’un deuil. Le corps et l’inconscient comptent les années avec une précision qui met mal à l’aise la première fois qu’on la voit sur papier.

2. Les répétitions de situations

Les femmes qui élèvent seules. Les hommes qui partent au moment où l’enfant a l’âge qu’ils avaient quand leur propre père est parti. Les entreprises familiales qui échouent toujours à la deuxième année. C’est le socle de ce qu’on appelle les schémas familiaux répétitifs.

3. Les places vides et les remplacements

Un enfant né juste après un deuil, parfois avec le prénom du disparu, occupe rarement une place neutre. On appelle ça l’enfant de remplacement. Il porte, sans jamais l’avoir su, la mission de consoler.

4. Les exclus

Toute personne effacée du récit familial laisse un creux, et quelqu’un finit toujours par le remplir. Souvent celui ou celle qu’on désigne comme différent, ingérable, trop sensible. C’est fréquemment le mouton noir de la famille qui porte ce qui a été mis dehors.

5. Les loyautés

Ce sont les règles que personne n’a écrites et que tout le monde respecte. « Chez nous les femmes ne réussissent pas mieux que leur mère. » « On ne divorce pas. » « On ne réclame rien. » Elles sont invisibles justement parce qu’elles paraissent normales. Ces loyautés familiales invisibles sont ce qui te fait saboter, à ton insu, ce que tu désires vraiment.

Une précaution utile ici. Deux faits qui coïncident ne prouvent rien à eux seuls, et on peut faire dire beaucoup de choses à un schéma quand on cherche fort. Une piste devient sérieuse quand elle résonne dans ton corps et qu’elle éclaire un blocage concret de ta vie d’aujourd’hui. Sinon, note-la et laisse-la de côté.

Ce qui se passe pendant que tu le fais

Presque toutes les personnes que j’accompagne me disent la même chose : elles pensaient faire un exercice intellectuel, et elles se sont retrouvées à pleurer devant une feuille A3. C’est normal, et ça vaut la peine d’être prévenue.

Tu vas rencontrer trois choses. Une fatigue soudaine, parfois dès la première heure, comme si le corps encaissait quelque chose. Une colère surprenante contre des personnes que tu n’as pas connues. Et un soulagement bizarre, celui de découvrir qu’une partie de ce que tu portes ne vient pas de toi et n’a jamais été ta faute.

Le génosociogramme ne guérit rien tout seul. Il rend visible. C’est déjà énorme, parce qu’on ne peut pas déposer un poids qu’on ne voit pas. Mais la suite, elle, demande autre chose : remettre à chacun ce qui lui appartient, et le faire assez concrètement pour que le corps enregistre. C’est le travail qui commence après le dessin, et c’est celui qui change quelque chose dans ta vie quotidienne, dans tes relations, dans ta manière de dire oui et non. Tu peux découvrir comment cela se prépare dans notre guide complet de la psychogénéalogie, puis regarder les étapes concrètes pour casser un schéma familial.

Un dernier mot sur les limites. Si en dessinant tu tombes sur un traumatisme important, un abus, une violence, un deuil encore vif, arrête-toi et fais-toi accompagner. Un génosociogramme ouvre parfois plus vite qu’on ne s’y attend, et personne ne devrait rester seul avec ce qui remonte. Selon la situation, un accompagnement thérapeutique ou un suivi médical reste la bonne porte.

Quiz gratuit · 3 minutes

Quel schéma répètes-tu dans ta vie ?

En 3 minutes, découvre quel schéma familial se rejoue chez toi sans que tu l’aies choisi. Gratuit, sans inscription, résultat privé.

Faire le quiz →

Le Miroir de la Lignée

Comprendre, en 21 jours, ce que tu portes de ta lignée, et déposer ce qui ne t’appartient plus. Un parcours guidé pour cesser de rejouer une histoire qui n’est pas la tienne.

Découvrir Le Miroir ✦
Jessica, thérapeute en relation d’aide complémentaire, spécialisée en psychogénéalogie

Jessica

Thérapeute en relation d’aide complémentaire, spécialisée en psychogénéalogie et analyse transgénérationnelle

J’accompagne en visio les femmes, et les hommes aussi, qui sentent que ce qui les bloque vient de plus loin qu’eux. Dessiner l’arbre est souvent le moment où une histoire familiale cesse d’être une impression pour devenir quelque chose sur quoi on peut travailler. Si tu préfères discuter avant, on peut s’appeler. Mon parcours.