« Tu devrais lui pardonner, c'est ta mère. » « Il est vieux maintenant, laisse tomber. » Si vous avez déjà entendu ces phrases, vous savez combien elles peuvent peser. Pardonner à ses parents est souvent présenté comme un passage obligé vers la paix intérieure. Pourtant, beaucoup de personnes, hommes comme femmes, se sentent coupables de ne pas y arriver. Et si la difficulté à pardonner n'était pas un manque de bonté, mais le signe qu'il y a encore quelque chose à comprendre ?
Pourquoi pardonner à ses parents semble parfois impossible
Un parent est la première figure à laquelle on s'attache pour survivre. Quand ce lien a été marqué par l'absence, la dureté, la critique ou le silence, l'enfant que vous étiez a trouvé des façons de s'adapter. Cette blessure ne disparaît pas parce que vous êtes devenu·e adulte, et elle ne se dissout pas non plus sur injonction.
Il existe une confusion fréquente : on croit que pardonner, c'est excuser, oublier ou renouer le contact. Or le pardon, tel que l'abordent beaucoup d'approches thérapeutiques, ne demande ni de minimiser ce que vous avez vécu, ni de revoir une personne qui vous fait du mal. Il peut s'agir simplement de ne plus porter seul·e le poids de la rancune. Se contraindre à un pardon prématuré revient souvent à étouffer la colère légitime, qui revient alors sous d'autres formes.
Le regard de la psychogénéalogie : vos parents ont eux aussi des parents
La psychogénéalogie propose un déplacement de regard : la manière dont vos parents ont été avec vous s'inscrit dans leur propre histoire. Une mère froide a peut-être grandi auprès d'une mère elle-même privée de tendresse. Un père absent a parfois reçu comme seul modèle un père absent, ou un homme revenu muet d'une guerre, d'un exil, d'une faillite.
Cela n'efface pas la douleur, ni la responsabilité de chacun·e. Mais cela change la perspective : ce que vous avez reçu est souvent le maillon d'une chaîne plus ancienne, faite de loyautés invisibles, de deuils non faits et de secrets de famille. Voir la chaîne permet parfois de cesser de chercher un unique coupable, et de reconnaître ce qui vous appartient et ce qui ne vous appartient pas.
« Comprendre n'oblige pas à pardonner. Mais comprendre peut desserrer ce que la rancune tenait enfermé. »
Quand la rancune est aussi une loyauté
Il arrive que la rancune devienne un lien : tant que je lui en veux, je reste relié·e à ce parent, je continue d'attendre des excuses ou de la reconnaissance. Dans certaines familles, la colère se transmet aussi : on garde la même rancune que sa mère envers sa propre mère, ou la même distance que son père envers son frère. C'est une forme de loyauté familiale invisible : rester fidèle à la famille en gardant ses blessures.
À l'inverse, certaines personnes se sentent infidèles dès qu'elles osent nommer ce qu'elles ont vécu. Poser des limites ou exprimer sa colère leur donne l'impression de trahir. Dans les deux cas, ce qui demande à être regardé n'est pas « faut-il pardonner ? », mais « à quelle place suis-je resté·e dans cette histoire ? ». Lorsque la colère elle-même vous semble héritée, vous pouvez aussi lire notre article sur la colère transgénérationnelle.
Avancer à son rythme, sans se forcer
Le chemin vers l'apaisement n'a pas d'échéance. Quelques pistes, parmi d'autres : nommer ce que vous avez vécu sans le minimiser, accueillir la colère comme une information plutôt que comme un défaut, explorer l'histoire de vos parents avec curiosité plutôt qu'avec jugement, et décider vous-même de la distance qui vous convient. Pour cartographier tout cela, le génogramme est un outil précieux.
Dans l'accompagnement que je propose en visio, il n'est jamais question de vous imposer un pardon. Nous regardons ensemble ce qui s'est transmis, ce que vous souhaitez en garder ou déposer, et à quel rythme. Certaines personnes ressentent un apaisement progressif, d'autres avancent plus lentement : les deux sont légitimes. Ce travail ne remplace pas un suivi psychologique en cas de souffrance importante, il peut le compléter.
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